Chroniques

par hervé könig

Donaueschinger Musiktage 2018 – épisode 3
créations de Klaus Lang, Rolf Wallin et Agata Zubel

Ingfrid Breie Nyhus, Kenneth Karlsson, Cikada, Christian Eggen
Donaueschinger Musiktage / Donauhallen
- 20 octobre 2018
Ingfrid Breie Nyhus joue à Donaueschingen le Kammerkonzert d'Agata Zubel
© ralf brunner

Après le très long concert électronique [lire notre chronique du jour], l’après-midi aux Donaueschinger Musiktage 2018 se poursuit avec un concert exclusivement acoustique, quant à lui. L’ensemble norvégien Cikada nous donne rendez-vous avec deux concerti pour piano et une pièce pour ensemble, dans un programme de trois créations mondiales, toutes commandées par le Südwestrundfunk. La première s’appelle Seven disobediences (Sept désobéissances), elle est signée Rolf Wallin, trompettiste et compositeur norvégien né en 1957. La tonicité inventive du premier passage de l’œuvre, ouvert par une clarinette enjouée, s’appuie sur une cellule répétée qui subit de nombreuses modifications infimes jusqu’à changer complètement : le jeu sur la perception crée une intimité entre ce motif et l’oreille, justement par le biais de l’histoire rendue commune des modifications infimes. Passé un vaillant crescendo qui aboutit à une colère des percussions, un moment plus calme commence au piano dont les trilles cristallins se répondent en échos complexes – un souvenir de Ligeti ? – saupoudrés par un ensemble instrumental tournoyant. Après une brève section rythmique et à nouveau percussive, la narration se suspend dans un flottement aérien très intriguant. Un halo englobe la nuance du pianiste suédois Kenneth Karlsson dans un espace nouveau, d’une passionnante inventivité, qui sort du temps à la manière des pages les plus méditatives de Feldman. Toujours plus dépouillé, le concerto est conclu par un court envol pianistique d’une couleur debussyste. Extension du cycle Seven Imperatives pour piano (2001), cette belle page d’environ vingt-deux minutes captivantes commence magnifiquement le concert !

Sur une pédale grave extrêmement profonde s’égraine une espèce de gamme répétant ses degrés qu’elle partage à plusieurs instruments, avant que débute véritablement Parthenon pour ensemblede Klaus Lang, dans un cluster calme, lent, d’inspiration spectrale, où l’on entend assez nettement que l’auteur est aussi organiste. Né en 1971, le musicien autrichien est un élève de la Coréenne Younghi Pagh-Paan, dont se laisse deviner l’influence dans le caractère méditatif de Parthenon, et du Suisse Beat Furrer, peut-être présent dans ses textures instrumentales. Pourtant, dans les strates en microtons, on retrouve quelque chose de Giacinto Scelsi. Un poudroiement finit par scintiller vers un pôle tonal que Christian Eggen, à la tête de Cikada, soigne avec beaucoup de délicatesse.

L’opus de Lang constitue une transition idéale entre le concerto de Wallin et celui de d’Agata Zubel (née en 1978) dont notre collègue saluait au printemps les Cleopatra’s Songs, à Witten [lire notre chronique du 27 avril 2018]. La compositrice polonaise livre son virtuose et dynamique Kammerkonzert dont l’écriture considère chaque membre de l’orchestre comme un soliste, en plus du piano concertant et d’un second piano altéré par une préparation. Une sorte de rituel sonore s’installe rapidement, entre Ingfrid Breie Nyhus [photo] et Kenneth Karlsson aux pianoset l’ensemble. Un vigoureux contrepoint rythmique vient rompre ce qui semblait devoir bénéficier de quelque confort. Les percussions se déchaînent ! En à peine douze minutes, Zubel fait le tour du matériau avec une imagination et une énergie vraiment géniales.

HK