Chroniques

par richard letawe

Mitridate, re di Ponto | Mithridate, roi de Pont
opéra de Wolfgang Amadeus Mozart

Théâtre royal de La Monnaie, Bruxelles
- 31 octobre 2007
Robert Carsen signe le nouveau Mitridate (Mozart) de La Monnaie (Bruxelles)
© maarten vanden abeele

Avant cette représentation de Mitridate, re di Ponto de Mozart, le nouveau directeur de la Monnaie, Peter De Caluwe, annonce que souffrant Bejun Mehta sera remplacé par Brian Azawa dans le rôle de Farnace. On pardonne volontiers son apparence empruntée à cet artiste qui ne connaît pas bien la production, mais moins un chant ne suit pas. La voix manque de soutien, se révèle bien pauvre en couleurs, avec des aigus blanchâtres et tirés, et l'expression est assez mièvre. À son actif, on note une appréciable délicatesse de phrasés, ainsi qu'un médium souple et consistant.

Autre membre contestable de la distribution, l'Aspasia de Mary Dunleavy dont la grande voix brillante et assez métallique a du mal à se plier aux exigences belcantistes. L’émission est puissante, l'investissement dramatique évident, mais les vocalises sont souvent criées et le chant heurté par un manque de souplesse.

Les autres appellent surtout des éloges, à commencer par les deux comprimarii,Jeffrey Francis, Arbate aux récitatifs impeccables, et Maxim Mironov pour lequel l'unique air de Marzio est pain bénit, mais qui, placé loin et très haut dans le décor, semble d'un volume un peu confidentiel. On rangera également Veronica Cangemi parmi les comparses, car on a coupé tous les airs d'Ismene, sauf un seul (le dernier) qu'elle chante avec goût et sensibilité, malgré quelques stridences.

Dans le rôle-titre, Bruce Ford fait excellente impression. L'émission est souvent engorgée, mais le chant est franc et direct, l'intonation juste et le timbre cuivré ne manque pas d'attrait. À l'aise scéniquement, il interprète de façon convaincante, en durcissant à juste titre la projection du tyran brutal et mégalomane, au caractère impétueux qui le conduit à prendre des décisions brusques et toujours changeantes. Son fils préféré, Sifare, est interprété par Myrto Papatanasiu, grande triomphatrice de la soirée. Chantant avec passion, style et souplesse, le soprano grec au timbre assez sombre et à la voix bien projetée donne un Lungi da te, moi bene d’anthologie ; elle impose une présence fragile et brûlante.

Avec ses fidèles Radu et Miruna Borzescu aux décors et costumes, ainsi que le dramaturge Ian Burton, Robert Carsen signe sa première mise en scène à La Monnaie par une transposition de l'action dans le monde contemporain – Beyrouth ou Bagdad en guerre. Le décor du premier acte est un immeuble à la façade éventrée, dont les planchers ont été soufflés par les explosions. Un ensemble de béton et d'armatures métalliques tordues pend donc de tout le haut du décor. Ces plafonds détruits subsisteront durant les deux actes suivants, alors qu'ils se déroulent dans des lieux habités : une chambre dans le II, une grande salle à manger dans le III. La direction d'acteurs est précise et intelligence, donnant au spectacle une belle cohésion, et éclairant de manière lisible les conflits du père avec ses fils.

Autres débuts in loco, ceux de Mark Wigglesworth, qui sera directeur musical en titre à partir de la saison prochaine. Il attaque la partition avec entrain et énergie, mais sa direction musculeuse et bruyante manque de grâce, de nuances et de légèreté. Les occasions d'entendre Mitridate étant rares, on ne se plaindra pas trop, pour conclure, d'une production bien faite mais convenue, car le plateau demeure de bon niveau. Reste au chef australien d’acquérir un style mozartien s'il entend succéder dignement à Kazuchi Ono.

RL