Chroniques

par cecil ameil

récital Amir Tebenikhin
Brahms, Debussy, Liszt et Prokofiev

Festival de Wallonie / Moulin d’Arenberg, Rebecq
- 29 août 2003
le jeune pianiste kazakhe Amir Tebenikhin
© dr

C’est dans le beau Moulin d’Arenberg, à Rebecq, en Wallonie, sur l’axe Bruxelles-Lille, que se produit le pianiste kazakhe Amir Tebenikhin. À vingt-six ans, finaliste du dernier concours Reine Elisabeth, le jeune prodige enchaîne sans entracte (et sans partitions) la Sonate en si bémol majeur Op.84 n°8 de Prokofiev, quatre Préludes de Debussy et une transcription d’un extrait de la Norma de Bellini par Liszt. Au dernier étage du Moulin, au milieu d’une soixantaine de personnes, il joue un demi-queue Yamaha.

D’emblée, le son apparaît sec. Maintenue tout au long du concert, cette impression ne sera démentie que dans Liszt. Cela ne provient probablement pas du jeu du pianiste, mais bien plutôt de la salle, aménagée pour la circonstance : petite, en partie mansardée et de plafond bas, elle est équipée d’éléments d’amortissement sonore disséminés ici et là derrière le piano qui ont pour effet malheureux d’étouffer les résonances.

Amir Tebenikhin est originaire d’Almaty, l’ancienne capitale du Kazakhstan – une région où la nature est reine et très belle, explique-t-il après le concert. C’est en quelque sorte ce que traduit toute son attitude, empreinte d’un calme et d’une concentration impressionnants, le regard comme hypnotisé par un paysage lointain.

Son Prokofiev démarre précisément avec calme, peut-être trop, l’Andante dolce dépourvu de cette fièvre que l’on a l’habitude d’entendre dès les premières notes de la sonate sous les mains d’autres pianistes d’Europe orientale. L’ensemble du premier mouvement (à part l’Allegro) reste d’ailleurs lent et posé, Amir Tebenikhin procédant par petites touches, comme un impressionniste, avec parfois une tendance au martèlement. Il parcourt ensuite le deuxième épisode dans un climat différent, plus intimiste, presque inquiet. Et c’est avec une animation assez soudaine, marquée par des mouvements du corps et des mains qui tiennent vraiment de la danse, que l’exécution s’achève dans une troisième section pleine de puissance, encore martelée (Vivace, Allegro ben marcato, Andantino, Vivace).

Tebenikhin entame Debussy avec la même progression, si bien que la Terrasse des audiences du clair de lune paraît un peu décharné, comme effacé. Il est difficile d’entrevoir « la vision d’une Inde de rêve » dont parle le livret du concert. Et puis l’atmosphère s’installe : Ondine est joliment soyeuse, Canope très dépouillé comme une pièce de Satie et Feux d’artifice, bien qu’un peu sage, offre des contrastes forts.

C’est finalement dans Liszt que le Kazakhe s’impose vraiment. La pièce, comme souvent chez ce compositeur, est techniquement ardue, mais parcourue avec une maestria stupéfiante. Ce qui frappe chez ce pianiste, c’est la souplesse avec laquelle il fait montre de virtuosité ; jamais la difficulté n’est apparente. Plus remarquable, le son gagne à ce point en brillance et en legato que le piano s’en trouve comme transformé.

Le concert se termine avec un double rappel : deux mouvements de la Sonate en fa mineur Op.5n°3 de Brahms prouvent qu’Amir Tebenikhin maîtrise aussi bien ce compositeur pour lequel il a déjà enregistré chez Naxos, en compagnie de Debussy et de Prokofiev. Son aisance est confondante, son jeu toujours conduit avec beaucoup de souplesse.

CA