Chroniques

par laurent bergnach

Benjamin Godard
mélodies

1 CD Aparté (2015)
AP 123
Tassis Christoyannis chante Benjamin Godard (1849-1895)

Une rue porte son nom dans la capitale où il est né, mais qui connait sa vie ? Élève d’Hammer, Vieuxtemps (violon) et Reber (composition) au conservatoire, Benjamin Godard (1849-1895) échoue deux fois au Prix de Rome puis emporte celui de la ville de Paris pour une symphonie dramatique, Le Tasse (1878). De fait, on trouve à son catalogue nombre de symphonies – dont trois à programme : Symphonie gothique Op.23 (1874), Symphonie orientale Op.84 (1884) et Symphonie légendaire Op.99 (1886) – et de pièces de violon, parmi lesquelles quatre sonates avec piano (Op.1, Op.2, Op.9, Op.12) et deux concerti avec orchestre (Op.35, Op.131).

S’il n’a pas abordé la musique religieuse, on lui doit, en revanche, plusieurs opéras sur des sujets « nobles » ou historicisants : Pedro de Zalamea (Anvers, 1884), Jocelyn (Bruxelles, 1889), Dante (Paris, 1890), auxquels s’ajoutent Les guelfes (Rouen, 1902), créé vingt ans après sa conception, La vivandière (Paris, 1895), achevé par son confrère Paul Vidal – qui fait représenter son propre Guernica, l’année même où Godard s’éteint tuberculeux –, ainsi que l’inédit Ruy Blas (1891). Le musicien sait tout autant ciseler des miniatures, comme le prouvent les cent soixante mélodies qu’il nous laisse, dont cent vingt publiées entre le premier recueil de 1867 (Trente morceaux de chants) et 1876.

Vingt-six d’entre elles, dont trois tardives (Printemps, L’invitation au voyage et Message), constituent ce programme où se distinguent deux cycles puisant dans la poésie ancienne : Six fables de La Fontaine Op.17 et Nouvelles chansons du vieux temps Op.24, lequel s’inspire des XIVe et XVIe siècles (Deschamps, Baïf, Malherbe, Passerat, Tabourot). Mais la plupart des auteurs rencontrés sont ses contemporains (Baudelaire, Gautier, Guinand, Hugo, Souvestre, Velnac), et même strictement… lorsque Godard signe lui-même (Te souviens-tu) !

Enregistré au Théâtre Saint-Bonnet de Bourges en novembre 2015, et en compagnie de Jeff Cohen au piano, Tassis Christoyannis revient en défricheur de mélodie française, après des albums rares consacrés à Félicien David (AP 086) et Édouard Lalo (AP 110), chez le même éditeur et déjà produit par le Palazzetto Bru Zane. Dans ces airs qui chante avant tout l’amour, le baryton séduit d’emblée par sa santé et son sens de la nuance (Je ne veux pas d’autres choses, Jacotte, etc.). Dans le cycle enjoué inspiré par le fabuliste émérite, son agilité et sa fantaisie font merveille (cigale fanfaronne, nasillarde fourmi…), tandis que l’émotion infiltre le second cycle (Suis-je belle ? J’ai perdu ma tourterelle).

LB