Chroniques

par michel slama

Gioachino Rossini
La cambiale di matrimonio | La lettre de change pour un mariage

1 DVD EuroArts (2006)
2054968
La cambiale di matrimonio, opéra de Rossini

La cambiale di matrimonio, La scala di seta, Il Signor BruschinoDu Festival de Schwetzingen, après L’enlèvement au sérail présenté ici même [lire notre critique du DVD], nous reviennent, captés entre 1989 et 1990, les premiers opéras d’un jeune Rossini de vingt ans à peine, qu’il créa au Teatro San Mosé de Venise. Ce sont d’exquises miniatures allant de la farce à l’opéra-bouffe, mais on y trouve déjà les prémices du futur grand génie que fut notre Cygne de Pesaro, même si l’influence d’un Cimarosa se fait encore sentir.

De ces opéras sans prétention, Michael Hampe à la mise en scène et Gianluigi Gelmetti au pupitre tentent de tirer le meilleur. Il n’en demeure pas moins, globalement, une impression de déjà vu et de léger ennui, malgré l’engagement des principaux protagonistes. L’Orchestre Radio Symphonique de Stuttgart est enfin sorti de l’apathie qu’on lui a connue ailleurs. Il semble que chef et orchestre soient, décidément, plus à l’aise avec le jeune Rossini qu’avec un Mozart du même âge… Sans grande magie, mise en scène, décors et costumes sont d’un traditionnel digne d’un bon théâtre de boulevard, telles qu’on aurait pu les voir lors de leurs créations entre 1810 et 1812. Heureusement que la captation en DVD – une réussite – restitue les gros plans et les jeux de scène des chanteurs, rendant plus accessibles les intrigues.

La cambiale di matrimonio (mot à mot : La lettre de change pour un mariage) fut donc le premier opéra donné en 1810 par Rossini. En moins d’une heure vingt, le jeune compositeur parodie ses aînés à la mode et mène, tambour battant, une pétulante comédie.

Tobia Mill, riche marchand a promis la main de sa fille – comme une marchandise – à Slook, un Canadien particulièrement rustre et caricatural. Ce dernier attend de son épouse ce qu’on attend d’une servante ou d’un investissement en capital… La promise, elle, à la manière de Rosine, n’en a que faire et tente de l’éconduire. Elle est amoureuse d’Edoardo Milfort qui l’aime aussi. Jaloux, ce dernier en vient à menacer Slook qui, bon bougre, finira par renoncer à Fanny pour le bonheur des tourtereaux. L’air de Fanny, ici brillamment défendu par le mezzo Janice Hall, inspirera à nouveau Rossini dans le duo Rosine-Figaro du Barbier de Séville.

La distribution s’avère homogène, jusque dans le choix des serviteurs (superbe Norton de Carlos Feller). En Slook, Alberto Rinaldi est inénarrable, couvert de fourrures ou de franges de cuir façon trappeur et particulièrement sans gêne. Tout Rossini est là, dans l’air d’entrée, avec ses vocalises et son emphase à la Mustafa de L’Italienne à Alger. Si David Kuebler qu’on retrouve dans chacun des trois ouvrages n’a pas la vocalité souhaitée pour les rôles de ténor qu’il incarne, en revanche, il est parfaitement crédible. On passe un excellent moment, tant les arias sont variées et la comédie bien troussée.

MS