Chroniques

par samuel moreau

Giuseppe Verdi
Macbetto | Macbeth

1 DVD Arthaus Musik (2005)
101 095
Giuseppe Verdi | Macbeth

Si John Christie, industriel et homme d'affaires, n'avait pas créé son propre festival professionnel sur sa propriété au sud de Londres, nombre d'ouvrages lyriques auraient encore attendu avant d'être découvert par les Britanniques. C'est le cas de Così fan tutte, présenté pour la première fois dans son intégralité en 1934, lorsque Glyndebourne ouvrit ses portes ; c'est aussi vrai pour Macbeth, proposé quatre ans plus tard, dans une reprise de la mise en scène berlinoise de Carl Ebert (1931). Mais revenons à la création... Grand lecteur de Shakespeare (« un de mes poètes préférés, lu et relu sans cesse »), Verdi fournit un premier canevas à son librettiste Francesco Maria Piave, qui, laissant moins de place à des personnages comme Malcolm ou Macduff, concentre l'action sur le couple criminel et les Sorcières. Perfectionniste, le musicien confie la révision du livret à Andrea Maffei et multiplie les répétitions une fois l'œuvre écrite. Le 14 mars 1847, les Florentins du Teatro La Pergola font un triomphe à son opéra en quatre actes – dont une version remaniée gagnera Paris, en 1865.

Respectant l'époque du drame (soit l'Écosse du XIe siècle), le Bulgare Mikhaïl Hadjimichev favorise largement décors et costumes d'inspiration médiévale. Cette préciosité pallie une mise en scène dès plus prévisible, si ce n'est les scènes où interviennent les sœurs vagabondes. Visage masqué, se confondant avec des rochers dès qu'elles se plaquent au sol, ces Sorcières sont réellement inquiétantes. Les emblèmes utilisés – une couronne, un poignard, un crâne – enrichissent à différents niveaux les scènes de prédiction. Malgré des cuivres et des percussions un peu lourds, la lecture de John Pritchard s'avère dramatique et nuancée. Avec le Chœur de Glyndebourne, il nous réserve des moments très dynamiques, comme ce chant des assassins, à l'Acte II.

La première intervention de Josephine Barstow (Vieni ! T'affretta !), grande soprano au début d'une carrière internationale – le spectacle est filmé en 1972 –, rassure immédiatement sur le charisme de sa Lady Macbeth. La voix est claire, puissante, qui saura s'assombrir pour le lamento final. En revanche ses mâchoires serrées et quelques roulements d'yeux trahissent un machiavélisme trop affiché. Même reproche pour Kostas Paskalis, dont le jeu expressionniste convoque bras tendus et regard halluciné. Mais c'est Macbeth, qui « affronte des visions à épouvanter le diable », plus que le chanteur lui-même qui frôle le ridicule : à le voir sans cesse dégainer son épée et s'effondrer dès que le sang coule, on réalise combien ce fanfaron angoissé est l'instrument de sa femme. La belle couleur de sa voix de baryton, un peu confidentielle au départ, finit par s'imposer.

Signalons encore la jeune basse James Morris (Blanquo), sonore et aux belles harmoniques aigues, ainsi que Ian Cales, au chant rond, doux et posé, qui incarne Macduff avec une sobriété qui repose du hiératisme et de l'agitation alentour.

SM