Chroniques

par pierre-jean tribot

Giuseppe Verdi
Nabucco

1 DVD TDK (2005)
DVWW-OPNAB
Giuseppe Verdi | Nabucco

Nabucco de Giuseppe Verdi est l'un des opéras que le DVD apprécie le plus. En effet, on dénombre déjà dix versions différentes disponibles sur ce support somme toute encore assez récent. Cet engouement est naturel tant l'œuvre véhicule tout ce que le public adore : une belle musique, de grands airs, alors que le livret est prétexte à des mises en scènes fastueuses. Le présent enregistrement nous emmène au Staatsoper de Vienne lors de la création d'une nouvelle production du très actif Günter Krämer, un fidèle des scènes germaniques. Ce metteur en scène auquel on doit la désormais célèbre mise en scène viennoise de La Juive d'Halévy [lire notre critique du DVD], ne nous a jamais convaincu. Sa réalisation ne relèvera pas l'estime qu'on lui porte, tant son travail enfonce les portes ouvertes. Dans la lignée des poncifs des années quatre-vingt dix, Krämer nous ressort l'esthétique réfugiés avec tout le champ scénographique qui va avec : long manteaux noirs et sales, valises bouclées à la va-vite, landau renversé, lumières sombres, etc. La direction d'acteur est convenable et parfois non dénuée d'idées, mais le placage et les ficelles sont si grosses que toute intuition se retrouve noyée dans le hors sujet.

Heureusement, la réalisation musicale est d'un tout autre niveau. La grosse satisfaction réside dans la direction vive et alerte de Fabio Luisi à la tête de l'Orchestre du Staatsoper de Vienne. Ce chef très actif dans le monde allemand n'avait jamais fait d'étincelles lors de ses nombreuses apparitions dans la fosse de l'Opéra de Munich où il est plus que présent, mais en ce soir de juin 2001, il est littéralement survolté et porte la représentation à bouts de bras. Nabucco, c'est bien évidement les Chœurs et ceux de l'opéra de Vienne sont excellents d'homogénéité, de musicalité et de puissance.

La distribution vocale mélange valeurs sûres et jeunes artistes. Incontournable en Abigaille sur les grandes scènes du monde, le soprano Maria Guleghina n'est pas aussi en voix qu'auparavant. Cependant, engagée dans son rôle et capable de belles nuances, elle sait faire oublier ses aigus bien souvent délicats. On peut en dire autant de Leo Nucci : son timbre sombre et cuivré n'est plus très chatoyant, la voix est parfois instable, mais un artiste d'une telle envergure sait livrer la meilleure prestation possible. Il faut saluer les performances de deux piliers de cette distribution : l'Ismaele de Miroslav Dvorský et le Zaccaria de Giacomo Prestia. L'auditeur s'attardera sur la Fenena de Marina Domachenko, alors à ses débuts : la jeune chanteuse séduit par un timbre superbe, sa maîtrise vocale et son engagement.

Le tout est assez bien filmé, mais on regrette les tristes lumières qui plongent la scène dans la pénombre ce qui est fort gênant pour le regard. Au final, une mise en scène à oublier de suite, mais une distribution et surtout un chef de premier ordre.

PJT