Chroniques

par hervé könig

Isang Yun
musique de chambre

1 CD Label-Hérisson (2015)
12
Mirae joue cinq pièces chambristes du coréen Isang Yun (1917-1995)

En coréen, mirae signifie espoir. Blandine Chemin, Sabine Bouthinon, Maria Chirokoliyska, Fany Maselli, Julien Dieudegard, Benoît Grenet, Matthieu Romand et Jérôme Voisin, qui jouent respectivement violon, alto, contrebasse, basson, violon, violoncelle, cor et clarinette, se sont réunis en octuor après avoir joué ensemble Oktett d’Isang Yun et, en hommage au compositeur coréen né en 1917 puis naturalisé allemand en 1971, ils ont choisi ce mot, Mirae, pour désigner leur groupe constitué. Il est donc naturel que ces musiciens, qui tous vivent une belle carrière dans des prestations aussi prestigieuses que l’Orchestre national de France, le Lucerne Festival Orchestra, l’Orchestre Philharmonique de Radio France, le Quatuor Belcea, etc., consacrent un disque à Yun, disparu il y a tout juste vingt ans.

Et c’est tout naturellement que ce disque est ouvert par Oktett (1978), pièce dont nous vous parlions récemment [lire notre chronique du 28 novembre 2015]. La très grande qualité de la prise de son (Denis Vautrin, assisté d’Olivier Rosset) précipite aussitôt dans une œuvre qui joue de souplesse entre deux personnages instrumentaux. D’abord un peu théâtral, Oktett évolue vers la méditation, effectuant une nouvelle fois ce mariage heureux entre le souvenir du passé coréenet l’assimilation des techniques compositionnelles occidentales – sur ce sujet, le texte de Mathieu Dupouy se révèle des plus passionnants (notice du CD). Glissées s’ensuit (1970), solo de violoncelle assez développé qui absorbe l’auditeur dans l’impact généreux des cordes pincées et le moelleux de l’archet. Autre solo d’importance, Monolog pour basson (1984) garde l’écoute captive d’un chant à l’élan rituel qui éveille fertilement l’imaginaire. Une impressionnante péroraison le traverse de part en part.

Huit ans plus tard, Isang Yun achevait un Trio à vents (clarinette, basson et cor) vigoureusement inspiré, presque fantasque, dont ce CD fait apprécier le franc bonheur des premiers pas, brutalement suspendu au bout d’environ deux minutes par une espèce de lavis flouté, fort intrigant, qui mène à un embryon de cérémonie, laissé tel quel. La tension quasiment chorale de la section centrale se révèle très émouvante, sans emphase ni pathos, imprégnant de sa désarmante plénitude tout le champ conscient – d’ailleurs l’auteur réalisa de nombreux opus vocaux, ce qu’on perçoit aisément dans ce Trio et dans le curieux Quartet (cor, trompette, trombone et piano, composés dans les années d’Engel en Flammen.

Dix ans après un premier quintette à cordes avec clarinetteYun en livrait un second, Quintett II : il s’agit de la pièce la pièce la plus longue de l’enregistrement, mais aussi d’une des dernières au catalogue et, incontestablement, d’une de ses plus enjouées (1994). Au fil d’un récit maintes fois contrarié, interrompu, repris, dont les digressions se montrent par moments récurrentes ou filées, on se laissera facilement porté par son lyrisme séduisant mais prudent qu’honorent avec soin les membres de Mirae. Voilà bien de quoi prolonger constructivement les passionnants concerts coréens du Festival d’automne à Paris [lire nos chroniques des 27 novembre, 10 et 9 octobre 2015] !

HK