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Chroniques
Johann Sebastian Bach par La Sportelle et Amarillis
C’est avec un grand plaisir, et par beau temps, que l’on retrouve aujourd’hui le Festival de Sablé dont nous gardons le souvenir de fort beaux moments musicaux. Pour cette édition 2025 – la quarante-septième –, le soprano Laure Baert, directrice artistique de l’événement, invite Johann Sebastian Bach, tout simplement. Ainsi le compositeur saxon est-il fait fil rouge des onze concerts proposés sur ces quatre journées de festival. Ce jeudi après-midi, nous arrivons le lendemain du premier rendez-vous grâce auquel le public put retrouver la compagnie Fêtes galantes et la chorégraphe Béatrice Massin dans le spectacle Que ma joie demeure, ici créé en 2002, et désormais non pas repris mais recréé. Quant à nous, c’est en la chapelle du Chêne, sur la commune de Vion, que s’ouvre la fête baroque, avec un programme où des pages du Cantor fréquentent des pièces issues du répertoire espagnol.
Dirigées par Sammy El Ghadab, huit voix de l’ensemble La Sportelle, ancré à Rocamadour, présente un parcours croisé qu’ouvre Afonso Torres sur le grand orgue de la chapelle, relevé il y a quelques années. Après la transcription de la Sinfonia de la cantate Christ lag in Todesbanden BWV 4, nous entendons le duo Den Tod niemand zwingen kunnt où remarquer l’impact vocal idéal de l’alto Lauriane Le Prev. Poursuivant un mille-feuille orgue-chant, l’Ave Maris Stella de Tomás Luis de Victoria succède à la Fugue en ut# mineur BWV 849. La lumière indicible de la voix de Matthias Deau, dans des interventions souples qui semblent sans effort, magnifie l’interprétation. Et l’organiste Afonso Torres d’ensuite quitter la tribune pour s’exprimer dès lors au positif, avec ses camarades du jour. Ainsi seront joués plusieurs extraits de cantates de Bach, comme Komm, Jesus, komm (BWV 229) ou encore Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit (BWV 106), avec des œuvres de Francisco Guerrero (Lauda mater Ecclesia) et Alonso Lobo (Versa est in Luctum) au fil d’un concert d’une heure où l’on apprécie également le baryton-basse Thierry Cartier [lire notre chronique de Sinfonie ecclesiastiche]. Dès lors, comment appréhender La Sportelle, si ce n’est comme une formation qui n’a peut-être pas encore trouvé son unité.
Le lendemain, après avoir assisté à la projection (cinéma Confluences) du documentaire de Philippe Béziat sur la production des Indes galantes de Rameau à l’Opéra national de Paris, nous nous trouvons dans la très belle église Saint-Pierre et Saint-Paul de Brûlon où s’exprime l’ensemble Amarillis. Au menu ? Bach, bien sûr, via deux sonates mises en regard avec la musique de leurs contemporains. Intitulé Effervescence de Leipzig à Dresde, le concert fait voyager l’auditoire dans une ère d’excellence, servie par des artistes excellents, eux aussi. Quel bonheur de goûter une sonate en quatuor de Johann Friedrich Fasch dans une inflexion si généreuse, par exemple, ou le splendide Concerto en la mineur de Georg Friedrich Telemann, pour finir !
Tout à tour à la flûte à bec et à l’hautbois, Héloïse Gaillard conduit habilement la virevolte. La cohésion, la qualité d’écoute, enfin la complicité des musiciens nous valent des interprétations de haut vol, telle celle de la Sonate en trio n°3 de Jan Dismas Zelenka. Si l’opus de Johann David Heinichen accuse une légère fatigue, la Sonate pour violon et basse continue en mi mineur BWV 1023 est faite pure ravissement, sous l’archet expert d’Alice Piérot, de même que la Sonate en trio BWV 1028. Au clavecin, Jeanne Jourquin assure avec le violoncelliste Gauthier Broutin une basse continue des plus subtiles, quand le bassoniste Laurent Le Chenadec fait merveille, parfois dans des passages d’une volubilité inouïe, et que chante le basson de Xavier Miquel. On en redemande !
BB