Chroniques

par irma foletti

La Cenerentola ossia La bontà in trionfo
Cendrillon ou La bonté triomphante

dramma giocoso de Gioachino Rossini
Rossini in Wildbad / Königliches Kurtheater, Bad Wildbad
- 25 juillet 2025
La nouvelle CENERENTOLA du festival Rossini in Wildbad, édition 2025...
© patrick pfeiffer

Après Un avvertimento ai gelosi de Manuel García vu à l’heure du déjeuner [lire notre chronique du jour], nous nous retrouvons en soirée dans ce même Königliches Kurtheater, cette fois pour une formidable représentation de La Cenerentola de Rossini. Même avec des moyens réduits, le metteur en scène Jochen Schönleber, également en charge des décors et des lumières, illustre fidèlement le livret de Jacopo Ferretti d’après le conte de Charles Perrault. Au cours de l’Ouverture, on voit Alidoro, philosophe et tuteur du prince Ramiro, assis au sol à faire l’aumône. Angelina/Cenerentola fait preuve de compassion envers le faux mendiant : la jeune femme, qui porte ses sacs en plastique, lui donne une pièce, avant qu’Alidoro ne se fasse malmener par quelques mauvais garçons.

Angelina est, quelques instants plus tard, à côté d’une petite cheminée placée au sommet d’une modeste pyramide noire, tandis que Clorinda et Tisbe s’apprêtent à recevoir le prince en s’habillant à côté de portants, à gauche et droite. Des projections vidéo en fond de plateau soutiennent parfois l’action – souvent des images des personnages qui s’expriment, ou bien des situations rêvées par l’héroïne principale. En tournant la petite pyramide, c’est sur un tapis rouge qu’elle descendra pour le bal, en poursuivant sur une étroite rampe, celle-ci pouvant à l’occasion servir de table pour le banquet de la fin du premier acte, ou encore précédemment quand Don Magnifico goûte tous les vins dans la cave de Ramiro. La dernière image de l’opéra est émouvante, lorsque Angelina, épouse en devenir du prince, refuse le fauteuil qu’on lui avance et y place le faux mendiant Alidoro.

La distribution vocale est solide et techniquement aguerrie au chant rossinien. En tête, le jeune mezzo Polina Anikina, vu ici-même l’année dernière dans L’Italiana in Algeri [lire notre chronique du 26 juillet 2024]. D’une voix chaude, pourvue d’un timbre riche et d’un long souffle, l’artiste conduit avec douceur et musicalité la chanson d’entrée, Una volta c’era un re, tout en assurant plus tard, avec brio, l’ensemble des séquences plus fleuries, comme le brillant rondo final Nacqui all’affanno, même si l’on y entend de légères tensions dans l’aigu. Grande performance également de Patrick Kabongo qui, après avoir assuré hier le rôle-titre dans Pierre de Médicis [lire notre chronique de la veille], défend avec éclat et élégance toutes les parties du prince Ramiro. Son premier duo avec Angelina, Un soave non so che, est un moment de grâce, entre graves bien assurés et aigus allégés ; puis au second acte, le grand air Sì, ritrovarla io giuro aux aigus éclatants, suraigu ajouté et petites variations dans la reprise, est accueilli par une ovation.

Filippo Morace joue et chante Don Magnifico avec un humour mesuré, le plus souvent empreint de cynisme envers ses congénères. L’instrument est ferme, sauf dans la partie la plus aiguë de son premier air, Miei rampolli femminini, un peu plus fragile [lire nos chroniques de Lo frate ‘nnamorato et de La grotta di Trofonio]. Le chant sillabato est assuré, même à grande vitesse comme dans le duo du second acte avec Dandini, rôle tenu par le baryton Emmanuel Franco, en grande forme. Le personnage de frimeur, séducteur en tenue blanche et lunettes noires, déborde d’énergie, dans une vis comica parfois survitaminée. L’ampleur de la voix impressionne, tout comme son abattage pour passer les séquences d’agilité les plus rapides, en premier lieu la cabalette qui suit son air d’entrée, Come un’ape ne’ giorni d’aprile [lire nos chroniques de Romilda e Costanza, Corradino, Le philtre et Adina]. L’Alidoro de Dogukan Özkan apporte moins de bonheur ; sonore, la basse paraît cependant pousser au détriment de la justesse dans l’air Là del ciel nell’arcano profondo. La cabalette est prise au ralenti par le chef, afin de s’ajuster aux possibilités du chanteur. Membres de l’Akademie BelCanto du Festival, Ellada Koller et Verena Kronbichler complètent avec humour en Clorinda et Tisbe.

Nous retrouvons José Miguel Pérez-Sierra à la tête des musiciens de la Filharmonii im. Szymanowskiego w Krakowie, cette fois placée dans la fosse du petit théâtre : l’orchestre cracovien produit donc un volume moins tonitruant que pour Pierre de Médicis. Le chef alterne les tempi, entre passages retenus et quelques accélérations fulgurantes, quitte à prendre des risques vis-à-vis des solistes, comme l’atteste le décalage du quintette au premier acte. Pendant la musique d’orage, on ouvre la porte du théâtre côte jardin pour faire apprécier les percussions en coulisses… de véritables coups de canon qui font croire au tonnerre ! Installé au balcon côté cour, le pianofortiste fait preuve d’une imagination bienvenue pour accompagner les récitatifs, par exemple en esquissant le trio Soave sia il vento de Così fan’ tutte. Les douze choristes masculins de la Filharmonii im. Szymanowskiego w Krakowie, toujours bien chantants et dynamiques, apportent eux aussi leurs contributions de valeur.

IF