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Chroniques
Le nozze di Figaro | Les noces de Figaro
opéra de Wolfgang Amadeus Mozart
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Le nozze di Figaro, rejeton mozartien du printemps 1786, s’est conforté, au fil des siècles, au rang de favori dans le cœur du public pour offrir, à notre actualité de fin du monde, une thérapie buffa qui, par l’esprit profondément révolutionnaire des Lumières, traite la menace obscurantiste. Que cette merveille développe encore sa force d’instigation auprès de la jeune génération par l’entremise de la nouvelle production des artistes frais émoulus du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMD) appelle l’allégresse, tel un bouchon de champagne sautant dès l’Ouverture, au tout premier tutti éclatant ! Pourtant, au delà de cette entrée exaltée, mieux vaut l’ampleur considérable de la tâche en quatre actes... La beauté de l’ouvrage ne peut exister qu’à la hauteur, maximale, du défi artistique à relever. Splendides Noces, certes, folle journée intense, oui, mais le chef-d’œuvre révèlera-t-il les jeunes musiciens à eux-mêmes ?
Sous la direction tonifiante de Paul Daniel [lire nos chroniques d’A sea symphony, The rape of Lucretia, A village Romeo and Juliet, Tristan und Isolde, Six Lieder Op.13, Les voyages de Don Quichotte, Figures-Doubles-Prismes et Der Tempelbrand], l’Orchestre du Conservatoire de Paris, robuste, fait flamber la coda de l’Ouverture, en mitrons virtuoses du forte, pour ensuite dresser une pièce montée maison au bon plaisir de la petite salle Rémy Pflimlin, pleine comme un œuf. Avec de tels guides, le premier prélude, à une pantomime de Figaro plutôt assise et ennuyée, ne manque pas d’allure, en forme de vagabondage musical libéré et avive un intérieur contemporain bobo aux éléments bien choisis, même si, dans une vue d’ensemble, les couleurs choisies par la scénographe Clémence Bezat jurent entre elles.
Se a caso madama est porté par la fraîcheur du soprano Thaïs Raï-Westphal en Susanna [lire notre critique de Thésée], et la sonorité enviable du baryton Lysandre Châlon, Figaro bien aligné, corsé et accentué dans ses airs [lire notre chronique d’Armide]. Ce premier duo des fiancés signale le goût de la metteure en scène Mariame Clément pour le cinéma [lire nos chroniques de Rigoletto, Platée, La bohème, Hänsel und Gretel, Castor et Pollux, Les pigeons d’argile, Poliuto, Armida, Il ritorno d'Ulisse in patria, La Calisto, Don Quichotte, Cendrillon, Il barbiere di Siviglia et Maria Stuarda], au regard d’un travail d’actrice très soigné pour signifier l’exaspération de Susanna. À l’aise dans les jeux de rythme et les variations mélodiques, la fosse rend justice à l’harmonisation de Mozart, ainsi qu’à sa maîtrise des conventions opératiques de son temps. La représentation de ce dramma giacoso se déroule, toute ou presque, dans le registre bouffe, en particulier dans les costumes bien coupés, aux teintes fruitées et vives, voire fluo, de Julie Scolbeltzine.
Ainsi inaugurée, la comédie, fidèle à la verve de Beaumarchais, peut bien ressembler à un pressoir. Ajoutons-y deux drôles de pommes, à savoir la gouvernante Marcellina, un peu mijaurée, du soprano Alix de Guérines, et le médecin Bartolo qu’incarne August Chevalier, baryton-basse au grave facile. Mais encore, plus subtil peut-être, surgit le vieux professeur Basilio, bien servi par Antonin Alloncle, bon comédien doté d’un ténor sensible et original. Moins étoffée mais davantage attachante, la Barbarina du soprano Chun Li plaît surtout pour l’ingénuité qu’elle véhicule et un timbre remarquable dans la cavatine L’ho perduta.
L’attention ne manque pas aux personnages plus dramatiques. La Comtesse bénéficie d’une splendide apparition, vêtue d’un fourreau rose indien, seule dans une chambre d’un vert fastueux, sous un grand lustre doré. Son second air, Dove sono, soutenu par un orchestre nettement valorisant, impressionne grâce au chant duveteux et émouvant du soprano Candice Albardier. Souffle et mesure y sont contrôlés avec grande classe. De même, Cherubino brille-t-il davantage dans son second air, Voi che sapete assuré par le mezzo Léontine Maridat-Zimmerlin, avec une émission exemplaire. Dans le rôle d’Almaviva, le baryton-basse Paul-Louis Barlet est le possible triomphateur vocal de la soirée, dominant l’Acte III d’un chant séduisant puis superbement revanchard, enfin magnifique de maîtrise dans Hai gia vinta la causa, l’air de vengeance.
Au fond d’un spectacle farci de quiproquos, à l’énergie débordante même dans ce dispositif élémentaire de quelques portes, la bonne fortune de Nozze juvéniles se trouve encore dans les ensembles, où souvent se distingue un personnage simplement touchant et sensible. Lancé par un orchestre du tonnerre, le sextuor de la famille recomposée baigne dans une musique céleste. Il faut saluer le travail du Chœur du CNSMD de Paris qui trouve plus de succès que ne lui en accordait la partition – une vraie réussite, par-delà les petites scènes de liesse, dans le meilleur esprit lyrique.
FC