Chroniques

par bertrand bolognesi

Thibault Noally et Les Accents
Bertrand Cuiller, Violaine Cochard, Olivier Fortin et Jean-Luc Ho

Festival de Sablé / Scène Joël Le Theule, Sablé-sur-Sarthe
- 21 et 22 août 2025
Bertrand Cuiller, Violaine Cochard, Olivier Fortin et Jean-Luc Ho jouent à Sablé
© festival de sablé

En ce jeudi soir, la première surprise est le constat du changement vécu par la Scène Joël Le Theule qui est désormais équipée d’une conque propre à en améliorer l’acoustique. C’est donc dans un espace mieux sonnant qu’il le fut jadis que l’ensemble Les Accents vont servir un programme vénitien. Pour sa quarante-septième édition, le Festival de Sablé se concentre sur Johann Sebastian Bach. Lorsqu’on sait le nombre de visites que le compositeur saxon fit au répertoire italien, on ne s’étonne pas que l’affiche de la soirée se révèle vivaldienne. De fait, le cœur de la première partie du concert propose une lecture tout-à-fait probante du Concerto pour deux violons BWV 1043.

Il serait difficile d’en dire de même de l’autre versant du concert. Régulièrement salué par le public et la critique, y compris dans nos colonnes [lire nos chroniques d’Erismena, Xerse, Giulio Cesare in Egitto, Rinaldo et Semele], le contre-ténor Carlo Vistoli ne paraît certes pas aujourd’hui au mieux de ses possibilités artistiques. Après un Stabat Mater de Vivaldi d’un terne affolant où la voix est demeurée à peine présente, le motet In furore a quelque peu réveillé cet organe sans qu’il gagne véritablement la scène. Aussi fallait-il attendre l’entracte pour pouvoir apprécier un peu l’art de Vistoli, mais rien qu’un peu. Deux arie extraites de L’Olimpiade, une autre d’Andromeda liberata et enfin la page la plus célèbre d’Orlando donnent un aperçu sympathique de l’agilité du chanteur.

Le lendemain, au même endroit, c’est bien autrement que s’inscrit l’intégrale des concerti pour clavier(s) de Johann Sebastian Bach. Les musiciens du Caravansérail – à savoir, les excellents Benoît Vanden Bemden à la contrebasse, Diana Vinagre au violoncelle, Jérôme Van Waerbeke à l’alto, enfin Cécile Garcia-Moeller et Martyna Pastuszka aux violons – prennent place, tandis que Jean-Luc Ho, Bertrand Cuiller et Violaine Cochard s’assoient aux clavecins. Et la fête de commencer – et quelle fête ! D’abord un rien surpris par une sorte de distance de la sonorité, à l’abord du Concerto pour trois clavecins en ut majeur BWV 1064, l’oreille bientôt s’adapte et la séduction opère, incontestablement. À Violaine Cochard et Olivier Fortin est confié le Concerto pour deux clavecins en ut majeur BWV 1062 dont on admire la grâce générale, et dont on sort en chantant. Bertrand Cuiller habite magistralement le climat méditatif du Larghetto du Concerto pour clavecin – mais si, un seul ! – en la majeur BWV 1055. Il est rejoint par Olivier Fortin et Jean-Luc Ho pour une interprétation à l’aimable tonicité du Concerto pour trois clavecins en ré mineur BWV 1063. Enfin, les quatre artistes font littéralement danser le Concerto pour quatre clavecins en la mineur BWV 1065.

Au centre de la première partie de cette soirée concertante, le quatuor de claviéristes joue quelque chose que sans doute personne jamais n’entendit : il s’agit de la transcription, par Bertrand Cuiller, du Concerto Brandebourgeois en sol majeur n°3 BWV 1048. Sans orchestre, ce travail remarquable parvient miraculeusement à restituer l’œuvre dans la transparence inimitable des quatre instruments. Bravo !

BB