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Aida | Aïda
opéra de Giuseppe Verdi
Assister à une représentation dans le petit théâtre (moins de trois cents places) de Busseto est toujours un privilège, d’autant plus précieux lorsqu’il s’agit d’Aida dans la production historique de Franco Zeffirelli, conçue spécialement pour le lieu en 2001 à l’occasion du centenaire de la mort du compositeur – évidemment, une mise en scène assez éloignée de celle conçue pour les Arènes de Vérone, mais sur ce plateau de sept mètres de large, la concentration des décors ainsi que la densité des artistes produisent un intense impact visuel. Repris pour cette série de représentations par Stefano Trespidi, le spectacle, présenté dans nos colonnes il y a sept ans [lire notre chronique du 16 octobre 2019], explore autant les moments intimistes que les scènes de foule. Et il ne manque rien à cette Égypte antique, avec les deux statues à têtes de chien et de lion d’Anubis et de Maahes, situées de part et d’autre de la scène puis déplacées au fil de l’action, une tête de sphinx monumentale, de nombreux hiéroglyphes sur les murs, un peu de fumée pour le temple de Vulcain, une atmosphère bleue sur les bords du Nil à l’Acte III et, pour finir, un tombeau en forme de grande boîte noire où seront enfouis Aida et Radamès. Ces décors, certainement miniatures en comparaison d’un théâtre plus vaste ou de Vérone, ne donnent toutefois pas, rapportés à l’échelle du lieu, l’impression de modèle réduit, et le public en prend plein les yeux ! Les changements de plateau nécessitent toutefois trois entractes, ainsi que des précipités entre chaque tableau – on sourit, par ailleurs, quand Amnonasro, déboulant un peu vite vers Aida pour leur duo (III), bute dans un rocher d’une taille respectable qui s’en trouve déplacé d’une bonne dizaine de centimètres. À signaler qu’un véritable défilé n’est pas prévu pour le triomphe (II), la foule s’agitant en tous sens et saluant au loin les vainqueurs, jusqu’à l’entrée en scène des quatre trompettes.
La distribution vocale est d’un excellent niveau, d’ailleurs tous en début dans leur rôle. Federica Vitali est une formidable Aida, à la fois chanteuse et actrice [lire nos chroniques d’Il castello di Kenilworth, Enrico di Borgogna et Tosca]. Peut-être légèrement tendue à son premier grand air, Ritorna vincitor, la voix se déploie ensuite avec sérénité et qualité sur toute l’étendue, depuis des graves bien exprimés et agréables, jusqu’à des aigus variés en forte-piano. L’interprète joue pleinement son rôle dont elle exprime les sentiments, par un jeu particulièrement crédible au troisième acte, entre angoisse, désespoir, détermination lorsqu’elle accède à la demande de son père, puis séduction envers Radamès. L’émotion culmine sans doute dans l’air O patria mia où la mélancolie est idéalement secondée par le hautbois. D’abord connue ces dernières années dans le répertoire belcantiste (rossinien en particulier), Teresa Iervolino semble aujourd’hui une Amneris idéale, dotée d’une voix large au riche registre grave, avec des sonorités profondes, des notes aigus projetées et assurées, capable de puissance tout en restant dans la bonne mesure. Son incarnation est marquante et remporte un triomphe à l’issue de l’anathème, Empia razza [lire nos chroniques de Giulio Cesare in Egitto, Tamerlano, Lucrezia Borgia, Semiramide, L’equivoco stravagante, Ermione et Tancredi].
En Radamès, Vincenzo Costanzo est annoncé en méforme avant le lever de rideau [lire nos chroniques d’Un ballo in maschera, Macbet et Maria Egiziaca]. Il démarre bien le premier acte, délivrant son air d’entrée, Celeste Aida, avec vaillance et nuances, répétant les derniers mots vicino al sol une seconde fois à l’octave inférieur. Mais l’artiste se trouve en difficulté à partir du troisième acte. Il paraît malheureux comme les pierres aux saluts, mais on le remercie chaleureusement pour sa participation, en lui souhaitant un prompt rétablissement. Hae Kang est un Amonasro solide, affichant voix saine de baryton autoritaire, vigoureuse quoiqu’un peu allégée dans ses notes les plus graves. Alberto Comes en Ramfis et Adriano Gramigni en Roi [lire notre chronique de Simon Boccanegra] sont tous deux des basses bien timbrées et sonores, tandis que Francesco Congiu et Nicoletta Briguglio complètent, respectivement en Messagero et Sacerdotessa, avec une qualité supérieure à ce que l’on entend habituellement dans ces parties secondaires.
La direction musicale de Giuseppe Mengoli oscille entre délicatesse et grande quantité d’énergie dans les moments paroxysmiques. Ainsi le chef détaille-t-il avec soin les petites cordes des premières mesures, avant l’entrée en jeu des cuivres et des percussions. Même en nombre réduit, les musiciens de la Filarmonica Arturo Toscanini assurent l’ensemble des pupitres et ne donnent nullement l’impression d’une réduction de la partition – signalons le premier violon, dont on apprécie particulièrement l’expressivité et la justesse à la conclusion. La trentaine de choristes issus du Coro del Teatro Regio di Parma, préparés par Martino Faggiani, donnent eux aussi le meilleur. Le passage pianissimo des prêtres, Tu che dal nulla hai tratto, à l’entame de la seconde scène du premier acte, est l’un des beaux moments de cette soirée.
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