Chroniques

par irma foletti

Alzira | Alzire
opéra de Giuseppe Verdi

Festival Verdi / Teatro Regio, Parme
- 1er octobre 2026
Alzira fait son entrée ua Festival Giuseppe Verdi de Parme 2026...
© roberto ricci | festival verdi

Intitulée Mondi lontani, le Festival Verdi ouvre sa vingt-sixième édition avec la rare Alzira, avant les plus connus Aida et Nabucco ces prochains jours. Avec cet ouvrage, créé en 1845 au Teatro San Carlo de Naples, nous sommes bien dans ces mondes lointains qui font la thématique, l’action se déroulant au Pérou en plein XVIe siècle, pendant les conquêtes espagnoles. Le livret est de Salvadore Cammarano, d’après Alzire ou Les Américains de Voltaire. On y retrouve l’habituel triangle sentimental, régulièrement mis en musique par Verdi. Les Incas Alzira et Zamoro (respectivement soprano et ténor) sont amoureux, mais le cruel gouverneur espagnol (baryton de son état) veut lui aussi épouser la princesse amérindienne. Une originalité, tout de même, à la conclusion : Zamoro poignarde le méchant – bruyant coup de feu de ce spectacle –, et ce dernier, mourant, se convertit presque instantanément à la bonté, en pardonnant son assassin.

On avoue ne pas adhérer totalement à la mise en scène de Manuel Renga [lire nos chroniques de Macbet et d’Il furioso all’isola di San Domingo], malgré certaines belles images, mais souvent encombrée de symboles et petites saynètes surabondantes. Avant le début de la représentation, le grand tournesol doré suspendu devant le rideau d’un blanc éclatant qui ferme le cadre de scène fait partie de ces belles images. Mais une certaine agitation prend place pendant l’Ouverture, avec des autochtones habillés en cow-boys qui détroussent un riche conquistador, ceci sous une petite pluie de paillettes dorées, le symbole de l’or des Incas revenant ensuite à plusieurs reprises. Ce conquistador est Alvaro, père de Gusmano, qui subit ces foudres, bras vengeurs levés vers le ciel – au premier degré, donc. Après le prologue et un long précipité, trois parois ouvertes à l’aspect de tissu rouge, garnies de tableaux, reposent sur un praticable pour suggérer les appartements des Espagnols. Un couple de jeunes danseurs vient doubler Alzira et Zamoro, de manière redondante avec les duos d’amour entre les deux personnages principaux. Un autre couple, plus âgé, passe parfois, tandis que le tournesol est utilisé à toutes les sauces : champ de fleurs fanées quand le moral de Zamoro, emprisonné, est au plus bas, ou encore Gusmano mourant qui parvient tout de même à chanter un air assez long (debout, assis, à genoux), tout en peignant d’une teinte dorée un tournesol noir.

Dans le rôle-titre, on retrouve une habituée du festival parmesan, le soprano Marta Torbidoni [lire nos chroniques d’Attila et de Nabucco]. Son air d’entrée, Da Gusman, su fragil barca, est malheureusement acoustiquement pollué par des conversations du personnel du théâtre, dans un couloir dont une porte est restée entrouverte. Dommage, car la voix est pleine, puissante, agile dans la cabalette qui suit, avec variation dans sa reprise, même si l’on pourrait attendre dans cette seconde partie un instrument plus léger. Certaines duretés, par la suite, instillent un doute, ce que vient confirmer une annonce faite après l’entracte, indiquant que la chanteuse choisit de continuer malgré une indisposition. C’est, dans ces conditions, le ténor Antonio Poli qui, en Zamoro, remporte les suffrages, dans une forme exceptionnelle. Nous continuons de penser qu’il est l’un des tout meilleurs ténors verdiens actuels, doté d’un timbre ensoleillé fort séduisant, d’un style vaillant, tout en développant un phrasé appliqué, avec des aigus tenus et sûrs [lire nos chroniques de Don Giovanni, La battaglia di Legnano et Idomeneo]. Ses deux grands airs sont parmi les sommets de la soirée.

En première apparition ici, Daniel Luis de Vicente, distribué en Gusmano, est une valeur sûre, avec le grain noble et riche, typique d’un baryton Verdi, et un vaillant registre haut que couronnent certains aigus puissamment enflés, tandis que l’extrême grave reste plus discret, en particulier en fins de phrases. La cavatine du premier acte, Eterna la memoria, est conduite avec élégance, puis la cabalette, Quanto un mortal può chiedere, dégage une forte énergie, après une entame particulièrement mordante aux cordes. En dehors de ces trois principaux, les autres rôles sont plus secondaires. On préfère la voix de basse assez sépulcrale, voire caverneuse, mais stable d’Alessio Cacciamani en Alvaro [lire notre chronique de Tannhäuser] à celle, moins assurée, d’Agostino Subacchi en Ataliba [lire notre chronique d’Un ballo in maschera]. En Otumbo, on remarque le timbre agréable et concentré du ténor Long Ning, ainsi que le mezzo Erica Cortese en Zuma et Federico Bonghi en Ovando.

Ancien directeur musical ou chef principal de l'Opéra de Paris, entre 1995 à 2004, James Conlon aborde ce soir son dixième opéra de Verdi. L’Ouverture est plutôt typique du compositeur, enlevée, avec de rapides traits de cordes, répétant plusieurs fois un thème. L’animation musicale est de qualité, accompagnée parfois de tutti de grande ampleur, mais évitant de verser dans le pompiérisme. Préparé par Martino Faggiani, le Coro del Teatro Regio di Parma est également à cette image, appliqué et plein d’enthousiasme.

IF