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Das Rheingold | L’or du Rhin
opéra de Richard Wagner
Que les trois volumes d’Opéra et Drame (Oper und Drama, 1951) s’avèrent un texte majeur ne doit pas faire négliger Une communication à mes amis (Eine Mitteilung an meine Freunde, 1852) – préface à l’édition des livrets du Fliegende Holländer, de Tannhaüser et de Lohengrin –, « sans nul doute l’un des écrits les plus intéressants et les mieux écrits de Wagner », selon le compositeur et musicologue Christophe Looten, l’auteur de Dans la tête de Richard Wagner [lire notre critique de l’ouvrage]. Ainsi est-ce dans celui-ci que l’on trouve ces mots du chantre de Bayreuth :
« À l’origine de l’œuvre d’art de l’avenir, il y a l’artiste du présent, capable de comprendre son temps, d’assimiler la puissance de son époque et de devenir maître de l’élan vital qui s’y déploie. L’action que cet artiste doit avoir sur le présent ne relève pas d’un mécanisme du passé, mais trouve son origine dans la vie elle-même. Cette action, c’est la destruction du monumental. En effet, l’art actuel est entièrement dominé d’un côté par le monumental, de l’autre par la réaction contre le monumental, c’est-à-dire la mode. Dès lors, l’artiste devra ou bien imiter les monuments du passé ou bien se faire l’esclave de la mode : conditions auxquelles un créateur véritable ne pourra jamais souscrire ».
« Créateur véritable » est un terme qui convient bien à Kirill Serebrennikov, metteur en scène mais aussi réalisateur – et, donc, véritable maître du fond comme de la forme –, dont beaucoup de projets mettent à l’honneur des êtres inspirés (Tchaïkovski, Limonov, Noureev, etc.) ou des œuvres littéraires (Le moine noir, Hamlet/Fantômes) [lire nos chroniques du 10 juillet 2022 et du 11 octobre 2025]. Lorsqu’il aborde le Ring pour Salzburg (Osterfestspiele), au printemps 2026, il invente un monde postapocalyptique, en voie d’une lente et fragile régénération – l’arbuste de Freia est d’autant plus précieux dans cet environnement minéral où la glace et le feu font figures de trésor. Sans doute parce qu’elle est le berceau de l’humanité, l’Afrique domine son Rheingold (totems, masques, pagnes, etc.), précédant les trois journées de la Tétralogie qui se dérouleront sur d’autres continents. Recycle Group (sculptures, scénographie), Daniil Orlov (dramaturgie) et Yurii Karikh (vidéo), notamment, accompagnent sa réflexion sur les origines du mythe et l’avenir géopolitique, dans le cadre idéal de la Felsenreitschule.
La distribution vocale ne révèle aucune faiblesse, au service de personnages bien dessinés. Louise Foor (Woglinde) [lire nos chroniques de Rusalka et Die Walküre], Yajie Zhang (Wellgunde) [lire nos chroniques de Die Vögel et Nixon in China] et Jess Dandy (Floßhilde) [lire notre chronique de Three lunar seas] forment un trio équilibré autant qu’inquiétant (tatouages et tentacules). Catriona Morison (Fricka) offre une tendre souplesse vocale, Sarah Brady (Freia) une vivacité bienvenue [lire nos chroniques du Goldkäfer et de Carmen] et Jasmin White (Erda) un legato délectable. Christian Gerhaher (Wotan) affirme un baryton ferme [lire nos chroniques de Tannhäuser à Munich et à Düsseldorf, Gesangsszene aus Sodom und Gomorra, Les nuits d’été et Spanisches Liederbuch], entre Gihoon Kim (Donner) et Thomas Atkins (Froh) [lire nos chroniques d’Otello et A midsummer night’s dream à Montpellier], tous deux vaillants. L’impact et la nuance caractérisent le ténor de Brenton Ryan (Loge), chanteur dont la performance marque la mémoire [lire nos chroniques de Die Entführung aus dem Serail et Das Rheingold], à l’instar de celle du sonore Leigh Melrose (Alberich) [lire nos chroniques d’Albert Herring, Songs from Solomon’s Garden, The rape of Lucretia, Solaris, Renard, Gloriana, Fin de partie, Orlando, Der Schmied von Gent, Die ersten Menschen, L’ange de feu à Rome puis à Madrid enfin d’Orgia]. Thomas Cilluffo (Mime) s’avère efficace, tandis que Le Bu (Fasolt) et Patrick Guetti (Fafner) [lire notre chronique d’A midsummer night’s dream à Glyndebourne] ravissent par leurs graves robustes. Enfin, dans ce spectacle auquel Kirill Petrenko apporte sa clarté musicale, à la tête des Berliner Philharmoniker, il faut évoquer des danseurs de la Compagnie Baninga et plusieurs acteurs – dont Georgy Kudrenko, en acolyte de Loge.
LB
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