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Chroniques
Le mariage en poste
opéra de salon de Jean-Baptiste Weckerlin
Créé en 1857 à Paris, Le mariage en poste de Jean-Baptiste Weckerlin est un opéra de salon en un acte, sur un livret de Cléon Galoppe d’Onquaire. Parmi les raisons de sa mise à l’affiche du festival Rossini in Wildbad, le nom de l’épouse du compositeur : Fanny-Marie Damoreau, fille de Laure Cinti-Damoreau, célèbre cantatrice ayant participé notamment aux créations du Viaggio a Reims en 1825, du Siège de Corinthe (1826), de Moïse et Pharaon (1827), du Comte Ory (1828) et de Guillaume Tell (1829). Mais le court opéra de Weckerlin peut aussi être mis en miroir d’autres pièces de Rossini par son intrigue, en particulier celle de L’occasione fa il ladro [lire notre chronique de l’avant-veille]. Ici trois personnages sont présents, qui se rencontrent dans un relais de poste – le marquis de Boiscivry qui a arrangé le mariage de sa fille Alice avec le comte Émeric. Sans savoir qu’ils sont destinés l’un à l’autre, les jeunes gens tombent amoureux au premier regard mais veulent éprouver leurs sentiments, avant la fin heureuse où le mariage est donc décidé « en poste ».
La distribution vocale est confiée à trois jeunes chanteurs membres de l’Akademie BelCanto du Festival, et qui n’ont pas participé à L’occasione fa il ladro. Les deux rôles les plus importants sont défendus par deux chanteurs français, Erwan Fosset (Comte Émeric) et Juliette Amirault (Alice) ; un avantage assez considérable pour la compréhension des dialogues, assez nombreux dans cet opus. Voix d’essence légère, le timbre délicat du soprano dégage un certain charme, la qualité de la diction ne se démentant pas pour les parties chantées. La voix est souple par ailleurs, un peu plus à la peine lorsque le rythme s’accélère. Mais les airs sont joliment chantés, jusqu’au dernier, mélancolique, Depuis hier, je suis promise, qui devient trio ensuite.
Le ténor, qui fait son entrée par la petite fosse d’orchestre, dispose aussi d’une excellente articulation du texte, parlé et chanté. La voix semble un peu serrée par instants dans le registre le plus aigu, mais correspond bien au type vocal de ce petit opéra-comique à la française. En Marquis de Boiscivry, le baryton-basse ukrainien Dmytro Voronov dispose d’un français correct, l’auditeur pouvant s’aider, si nécessaire, des surtitres proposés dans la langue originale. La voix est bien projetée et d’une belle couleur, idéale pour incarner le papa d’Alice – faux ventre et gâchette facile –, menaçant Émeric de son pistolet, après l’avoir pris pour un voleur.
La musique est jouée au piano par Mattia Torriglia, aidé par un second pianiste uniquement pendant l’Ouverture. C’est d’ailleurs par un coup de pistolet donné par le Marquis que disparaît ce second pianiste après son office. Comique de répétition, un coup de pistolet final abattra le musicien principal juste avant le rideau. La mise en scène d’Eleonora Calabrò et Jochen Schönleber est vivante et amusante, en présence d’un décor minimal : un fauteuil, une petite table et une lampe sur pied qu’on utilise parfois comme un micro. Au bilan, une pièce qui maintient l’attention, aux nombreux dialogues mais où le charme de la musique et de ses belles mélodies opère, même rendues au piano seul.
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