Chroniques

par bertrand bolognesi

récital Aristo Sham
Beethoven et Brahms

Festival international de piano / Parc de Florans, La Roque d’Anthéron
- 9 août 2026
Le pianiste Aristo Sham joue Beethoven et Brahms
© franck denis

Moins de deux heures après Andreï Leshkin [lire notre chronique du jour] et après une déraisonnable mais délicieuse pêche-melba dégustée chez le glacier du cours, notre feuilleton rocassier regagne le Parc de Florans où le Hongkongais Aristo Sham s’installe devant le Steinway. Le jeune homme n’arrive certes pas sans références, puisqu’en 2025, il remportait à Fort Worth la médaille d’or du Seventeenth Van Cliburn International Piano Competition, assortie du prix du public.

Pour commencer, Ludwig van Beethoven et la Sonate en ut dièse mineur Op.27 n°2 dite Mondscheinsonate. L’Adagio sostenuto, qui ne traîne guère, bénéficie d’une sonorité avantageusement moelleuse, sans toutefois révéler beaucoup de piment. Curieusement, l’Allegretto change entièrement de perspective : après un premier mouvement plutôt romantique, voici une lecture résolument classique et soudain fort sèche. Le Presto agitato semble relever d’une troisième esthétique encore, rudement sculptée jusqu’à la brutalité. Trois mouvements, trois options expressives, voilà qui laisse perplexe.

Assurément, Johannes Brahms sied nettement mieux à Sham. Encore faut-il dire sa récente fréquentation du corpus pianistique du compositeur allemand, qu’il a enregistré et présenté en intégralité pour RTHK Radio 4, à Hong Kong – voilà qui éclaire singulièrement la seconde partie de son programme. Dès le Capriccio en fa dièse mineur Op.76 n°1, il en saisit l’ampleur sonore autant que la singulière situation historique d’une musique pleinement inscrite dans son temps par son impact instrumental mais dont le regard ne cesse d’interroger le passé. Les pages brèves qui s’ensuivent demeurent toutefois inégales. Le deuxième Capriccio de l’opus 76 se montre un rien osseux, et celui en sol mineur Op.116 n°3 affiche d’abord un lyrisme presque criard avant que l’artiste le tire intelligemment vers Schumann. L’Intermezzo en ut majeur Op.119 n°3 se racornit sous un jeu trop sec, quand celui en la majeur Op.118 n°2 retrouve poésie et évidence. Ainsi l’interprète paraît-il parfois schématique dans ses partis pris, tantôt exacerbés, tantôt assagis jusqu’à un moelleux presque trop prudent.

Tout se rassemble avec bonheur pour l’abord de la Sonate en ut majeur Op.1. Dans l’Allegro, l’héritage de Schumann est pleinement assumé et donne enfin à l’élan d’Aristo Sham son cadre naturel. L’Andante oppose à cette vigueur une simplicité bienheureuse, très intérieure, où affleure quelque chose comme une consolation. Le Scherzo est fermement tenu, malgré un chant encore un peu raide, avant que, par son éclat, l’Allegro con fuoco conclusif emporte décidément l’adhésion. Et telle réussite apporte peut-être la clef du récital. Plus diversement convaincant lorsqu’il doit caractériser des miniatures successives, le pianiste semble particulièrement à son affaire dans les grandes architectures, lorsqu’un vaste discours lui permet d’organiser tensions, contrastes et réminiscences. Que le premier opus de Brahms en fournisse la démonstration n’est sans doute pas fortuit chez un artiste qui en a si assidûment fréquenté l’œuvre.

En bis, Träumerei, extrait des Kinderszenen Op.15 de Robert Schumann, se dissout enfin dans une douceur presque floue. Une idéale nébuleuse onirique apporte un démenti des plus délicats à cette raideur qui, par instants, nous avait d’abord tenu à distance.

BB