Recherche
Chroniques
récital Zlata Chochieva
Bach, Chopin, Franck et Schumann
Depuis cette quarante-sixième édition, une direction collégiale préside aux destinées artistiques du Festival international de piano. Aux pianistes Claire Désert et Nelson Goerner s’est joint le violoncelliste et chef d’orchestre Victor Julien-Laferrière, tandis que Philippe Bernhard, conseiller du président, contribue activement à coordonner ce vaste édifice. C’est dans ce nouveau paysage que nous entendons sur la scène du Parc de Florans, pour commencer cette deuxième soirée passée à La Roque d’Anthéron, Zlata Chochieva – devant un Steinway cette fois.
D’entrée, la transcription par Ignaz Friedman du Prélude, Fugue et Variation Op.18 de César Franck (initialement conçu pour l’orgue) met en valeur un toucher d’une infinie douceur. Séduisent l’articulation délicatement mouillée, le phrasé aimable et l’ampleur qui s’installe sans avoir besoin de se montrer, de même qu’un subtil jeu de nuances en écho. Quelques accords péremptoires occasionnent de menus accrocs, mais la Variation débute dans un moelleux indicible qui bientôt les fait oublier. Ce Franck-là compte assurément parmi les grandes réussites du récital.
Viennent les Douze Études Op.25 de Chopin, où se précisent les qualités de l’interprète autant que certaines de ses limites. La première est extrêmement phrasée – peut-être trop –, mais la tendresse du toucher et la pédalisation convainquent. Exquise de souplesse, la deuxième précède une troisième dansée comme si de rien n’était. Quelques accrocs émaillent la quatrième, tandis que la cinquième fait entendre des couleurs qu’on aimerait un jour retrouver sous ces doigts dans Debussy. La septième, lorsqu’elle échappe à quelque tentation d’enfiler les perles, se révèle soigneusement intériorisée. Plus rude, la dixième trouve ensuite un cantabile idéal. Enfin, la douzième réunit toutes les qualités de la musicienne. Et pourtant quelque chose résiste : nous admirons volontiers sans être tout-à-fait bouleversé, moins encore subjugué.
La transcription par Béla Bartók de la Sonate en trio BWV 530 de Johann Sebastian Bach renoue avec le meilleur de ce récital. Avec Franck, voilà sans doute le répertoire où Chochieva convainc le plus naturellement. La maîtrise de la matière sonore et le soin de l’articulation y trouvent un objet qui semble exactement leur convenir.
Encore aimerait-on pouvoir en dire autant de l’interprétation des Etüden im Orchestercharakter von Florestan und Eusebius Op.13 de Robert Schumann… La lecture paraît d’abord assez scolaire. Par instants, quelque chose semble sur le point d’advenir, mais l’interprète demeure en deçà de cette promesse, et bientôt son jeu se mécanise. Le son reste joliment travaillé, certes, mais un maniérisme de plus en plus prégnant bride une musique qui réclame précisément l’inverse – fantaisie, brusquerie parfois, échappées, sautes d’humeur, bref tout ce qui pourrait venir déranger une perfection trop soigneusement administrée. Et l’ennui dès lors de s’installer.
Deux bis sont offerts. La Valsa da dor d’Heitor Villa-Lobos puis Stay with me d’Alexander Tsfasman prolongent ce rendez-vous vespéral sans véritablement infléchir notre impression. Zlata Chochieva possède une incontestable distinction pianistique, une sonorité souvent fort belle et un art consommé du détail ; nous aura simplement manqué ce petit désordre par lequel parfois la musique cesse d’être seulement belle pour se révéler nécessaire.
BB
Email
Imprimer
Twitter
Facebook
Myspace