Chroniques

par bertrand bolognesi

Seong-Jin Cho joue le Quatrième de Beethoven
Symphonie en sol majeur Op.88 n°8 de Dvořák

Samy Rachid dirige l’Orchestre de Paris
Philharmonie, Paris
- 17 septembre 2026
Samy Rachid remplace Robin Ticciati blessé, à la tête de l'Orchestre de Paris
© philippe quaisse

Il est des remplacements plus confortables... Blessé à l’épaule, Robin Ticciati dut renoncer aux deux concerts de l’Orchestre de Paris. Appelé au pied levé, Samy Rachid a rejoint hier matin la formation pour répéter fissa en vue de la prestation du soir. Une seule journée de répétition, donc, pour un programme associant le Quatrième Concerto de Beethoven à la Huitième Symphonie de Dvořák – An der schönen blauen Donau Op.314, initialement prévu en ouverture, fit si bien les frais de ce changement de chef qu’il remisa le brave Johann Strauss au vestiaire. À trente ans, le chef français n’est déjà plus tout à fait un inconnu : après Le roi d’Ys à Strasbourg, son agenda 2026/2027 le mène notamment au Boston Symphony, à l’Orchestre national de France, à Göteborg et à Houston.

Dans le Concerto en sol majeur Op.58 n°4 de Ludwig van Beethoven, il ne surjoue pas, cisèle ce qui doit l’être et accompagne avec attention Seong-Jin Cho, jeune pianiste coréen qui déjà nous avait convaincu lors du récital qu’il donnait au Festival international de piano de La Roque d’Anthéron [lire notre chronique du 8 août 2026]. On pourra trouver le geste du chef tantôt trop sec, tantôt trop lâche – quelques pizzicati mal assurés à la fin de l’Allegro moderato en font les frais –, voire soupçonner le musicien de s’écouter parfois diriger. Mais l’essentiel est ailleurs, dans le grand talent du pianiste – lauréat du Concours Chopin en 2015, Cho fut notamment l’élève de Michel Béroff au CNSMD de Paris. Inventivité, souplesse, sens de la nuance, tout y est ! Aucune esbroufe dans cette lecture du concerto, dont Cho cultive autant l’intimité que la liberté. Dès le premier mouvement, la sonorité est choisie, jamais démonstrative, mais pas davantage exsangue. L’Andante con moto révèle mieux encore le velouté, le moelleux d’un jeu parfois d’une tendresse inouïe et sans ostentation toutefois. Cho connaît le style de ce qu’il joue, le respecte sans s’y fondre. Le Rondo confirme cette impression, via une interprétation très en dedans, infiniment concentrée, où rien n’est de trop. Du piano sérieux, au meilleur sens du terme.

Il fallait peut-être, après tant de concentration, prendre la tangente. Le bis s’en charge avec la Wiener Abend Op.56, Konzertparaphrase über Johann Straußsche Walzermotive (aus “Fledermaus” und andere) d’Alfred Grünfeld, avec lequel le pianiste invite dans le monde des valses de Johann Strauss – évaporé du programme initial, le Danube revient par un canal insoupçonné. À l’introspection beethovénienne succèdent les sortilèges du salon viennois. Cho y déploie une virtuosité qui laisse pantois, mais demeure toujours musicale, avec une grâce personnelle que ne visite aucune vulgarité.

Après l’entracte, la Symphonie en sol majeur Op.88 n°8 d’Antonín Dvořák (sol majeur : la tonalité de la soirée) appelle précisément ce goût des timbres et des individualités instrumentales. Son orchestration volontiers allégée multiplie solos et combinaisons chambristes, tandis que les bois occupent une place privilégiée. Samy Rachid en profite, et la petite harmonie de l’Orchestre de Paris est incontestablement à la fête. On retiendra également la délicate sonorité de Savitri Grier, violon solo. Pour le reste, tout est en place, voire trop en place, ce qui mène à une lecture attendue, sans véritable prise de risque, parfois un rien appuyée, avec des cordes auxquelles manque le moelleux souhaité. Mais est-il raisonnable d’exiger l’aventure d’un chef arrivé le matin même de la première ? Ici, sa prudence fait indéniablement figure de sagesse.

BB