Chroniques

par irma foletti

The first festival | Le premier festival
opéra d’Alberto Caruso

Wexford Festival Opera / National Opera House
- 19 octobre 2026
Création mondiale de "The First Festival" d'Alberto Caruso...
© padraig grant

Commandé par le Wexford Festival Opera (WFO) pour marquer son soixante-quinzième anniversaire, The first festival connaît sa première mondiale ce 19 octobre, en soirée et dans la grande salle du National Opera House, soit le O'Reilly Theatre. La musique a été composée par Alberto Caruso et le livret écrit par le romancier, scénariste et journaliste irlandais Colm Tóibín. Les deux compères ne sont pas des inconnus dans l’histoire récente de la manifestation, puisqu’ils ont déjà collaboré ensemble, ces dernières années, avec les opéras The master et Lady Gregory in America, également commandes du WFO où ils furent créés, respectivement en 2022 et 2024. S’y dessinait un intérêt commun pour les sujets littéraires. Le second ouvrage plongeait en effet le spectateur dans l’aventure de l’Abbey Theatre de Dublin, lors de sa tournée de 1911 aux États-Unis où il fit un tel scandale en représentant Le baladin du monde occidental de John Millington Synge que les acteurs furent arrêtés pour obscénité. Quant au premier, il s’agit d’une adaptation par Tóibín de son propre roman, paru dix-huit ans plus tôt, qui explore l’intimité psychologique de l’écrivain nord-américain Henry James, les rapports complexes entre son œuvre et sa vie personnelle traversée par des relations familiales douloureuses.

Le livret de The first festival est largement autobiographique, même si Colm Tóibín, né en 1955, était âgé de quatre ans au moment de la première édition du WFO. Son témoignage personnel remonte à 1974, lorsqu’il travaillait à Wexford dans le service très administratif du Motor Taxation Office, veillant à la bonne tenue des dossiers concernant l’ensemble des véhicules du comté de Wexford. Ce sont ces bureaux que l’on retrouve sur scène, avec quatre opérateurs affairés, deux femmes et deux hommes, et un téléphone qui n’arrête pas de sonner, à l’orchestre. Dans cette routine professionnelle où l’on attend le week-end pour décompresser, la nouvelle arrive : « There will be an opera festival ! ». La musique jouée par la formation réduite du Wexford Festival Opera Ensemble cite brièvement les mélodies les plus connues de Carmen, Norma, La bohème ou encore Rigoletto.

La deuxième scène présente les artistes en répétition – là encore deux jeunes filles et deux jeunes hommes. Puis la rencontre, ou les rencontres se produisent et les couples se forment, deux hétérosexuels et deux homosexuels. Mais où, dans la cité irlandaise, trouver un endroit tranquille pour laisser s’épanouir ces amours ? Certainement pas au domicile des uns ou des autres, ce serait trop risqué. Alors, c’est au Motor Taxation Office que se réfugient les jeunes gens, chaque couple arrivant l’un après l’autre et s’imaginant évidemment seul. Autobiographique ? Apocryphe ? C’est en tout cas une conclusion en nuit d’amours que propose l’opéra, au cours de cette même nuit qui suivit la soirée d’ouverture de la première édition du festival, en 1951.

Dans cette courte pièce d’une heure, on apprécie le vintage de l’époque mis en scène par Conor Hanratty avec des moyens assez légers. Mais c’est surtout l’humour omniprésent qui enchante le public, un humour qui tourne souvent à l’autodérision quant à la vie à Wexford et les relations de ses habitants avec les Dublinois ou les Anglais. Les huit rôles à pourvoir – d’une part les employés administratifs Betty, Bernadette, Brian et Aidan, et de l’autre les artistes Mildred, Laura, Gianni et Facundo – sont confiés aux jeunes chanteurs du Wexford Factory programme. La direction musicale est assurée par Andrew Synnott. La musique d’Alberto Caruso est d’une écoute facile et au plus près des situations, tantôt romantiques, parfois plus compliquées. Né à Trente en 1968, le compositeur italien a aussi écrit pour le théâtre et le cinéma – entre 2000 et 2003, il travaillait dans les studios d’Hans Zimmer en tant qu’assistant d’Henning Lohner. Il a notamment signé les musiques des films Il pranzo della domenica (Carlo Vanzina, 2003), Madhouse (William Butler, 2004), Ma che ci faccio qui! (Francesco Amato, 2006) et Cardiofitness (Fabio Tagliavia, 2007), ainsi que de plusieurs documentaires. Quant à son premier opéra, Il piccolo principe, il vit le jour à Tokyo en 2008 et adaptait Saint-Exupéry. Dans The first festival, une dose d’espièglerie est parfaitement en ligne avec cette pièce sympathique où l’amour triomphe… comme parfois à l’opéra !

IF