Chroniques

par irma foletti

The rose of Castile | La rose de Castille
opéra de Michael William Balfe

Wexford Festival Opera / Jerome Hynes Theatre
- 16 octobre 2026
Au Wexford Festival Opera, rareté : "The rose of Castile" de Balfe...
© padraig grant

Comme les années précédentes, en plus de ses trois grandes productions d’opéras proposées en soirée dans la salle du O’Reilly Theatre, le Wexford Festival Opera (WFO) met à l’affiche d’autres titres, proposés au public dans de plus petites formes et généralement dans d’autres lieux. Ainsi, pour l’édition de son soixante-quinzième anniversaire, le WFO a-t-il programmé deux ouvrages qui ont fait son histoire, ainsi que deux créations mondiales.

Représentée dans la petite salle qu’est le Jerome Hynes Theatre, en sous-sol du bâtiment du National Opera House, The rose of Castile fut donnée à la création du festival en 1951 et reste à jamais liée à son destin. Le compositeur en est Michael William Balfe (1808-1870), né à Dublin et mort en Angleterre, qui passa son enfance à Wexford et qui d’ailleurs fut ensuite baryton – il chanta, entre autres, à La Scala de Milan. The rose of Castile, mise en musique d’un livret de langue anglaise signé Edmund Falconer et Augustus Glossop Harris adaptant celui, en français, conçu pour Le muletier de Tolède (Paris, 1854) d’Adolphe Adam par Louis Clairville et Adolphe d’Ennery, fut créé en 1857 au Lyceum Theatre de Londres.

Le roi de Castille souhaite marier Elvira, reine de León, à son frère Don Sebastian. Elvira, qui entend tout de même tester les intentions du promis, se déguise en paysanne. Mais Don Sebastian se travestit, lui aussi, en muletier Manuel, ce qui amène plusieurs situations cocasses et autres malentendus. Le méchant de l’histoire, Don Pedro, projette d’usurper le trône d’Elvira, mais c’est l’amour qui triomphe puisque la jeune femme devient, par ce mariage, Rose de Castille ainsi que Reine de León.

Pour son spectacle, Heather Hadrill ne dispose que de peu d’espace, mais fait vivre l’action, dans une ambiance de presse à scandale des années 1950. En effet, la metteure en scène fait intervenir un narrateur supplémentaire, qui expose les situations et l’intrigue avec humour, les dialogues étant dits avec grande énergie par Peter McCamley – le Puck survitaminé d’A little Midsummer night’s dream de Britten, donné l’année dernière [lire notre chronique du 25 octobre 2025]. L’œuvre a été condensée sur une durée d’une heure et quart (au lieu des deux heures originelles) et la partition réduite pour piano seul, joué par Rebecca Warren [lire notre chronique du 4 novembre 2023]. La musique paraît fortement écourtée dans ses premiers numéros, donnant uniquement de brefs échantillons des différents passages. Puis nous avons droit à de plus longues séquences où la parenté avec plusieurs musiciens italiens semble évidente, à l’écoute de ces cantilènes belliniennes ou cabalettes verdiennes.

Tenu par Eleri Gwilym, le rôle d’Elvire est d’une grande difficulté. Le soprano dispose heureusement de la musicalité et de la souplesse lui permettant de dérouler les passages rapides comme les plus fleuris. En faux muletier, Eamonn Walsh, ténor délicat qui conduit une voix claire et agréable, fait entendre un format évoquant le tenore di grazia. En Don Pedro, Rory Musgrave est un baryton qui possède la voix sombre du personnage, mais la projection se rétrécit à mesure qu’elle monte dans le registre aigu [lire nos chroniques de La tempesta, L’aube rouge, Deidamia et Le joueur]. Parmi les rôles plus secondaires, on remarque la voix chaude et bien timbrée du mezzo Erin Fflur en Donna Carmen.

IF