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Chroniques
Antonio Hernández Moreno
Trente castagnettes pour Londres
En 1917, les Ballets Russes se produisent en Espagne. C’est là que la troupe intègre le jeune Felix Fernández Gonzalez (1903-1941), rebaptisé Félix García par Serge Diaghilev, dont Antonio Hernández Moreno a souhaité raconter la véritable histoire, en amont de la création du Tricorne de Manuel de Falla (Londres, 1919). Consultant de nombreuses archives à travers le pays, notre musicien et pédagogue s’est vite rendu compte de la difficulté de la tâche : « C’était comme chercher des informations sur quelque chose qui n’a jamais existé ou qui ne s’est jamais produit, ou comme si sa vie avait été éphémère », explique-t-il dans l’introduction.
Comment un adolescent, engagé pour se produire dans une des compagnies les plus célèbres de son temps, et pour enseigner à ses collègues les danses de son pays, a-t-il finit sa vie dans un hôpital psychiatrique anglais, sans que le justifiât son état mental ? Il était tentant d’éclaircir le mystère, et l’auteur doit être salué pour avoir relevé ce premier défi. Le second défi était de renoncer à un travail universitaire – que d’aucuns lui conseillaient – pour choisir la forme romanesque, au service d’une histoire qui mêle l’imaginaire à un réel dont témoigne l’addenda (courriers officiels, documents administratifs etc.). Ainsi, la fiction permet de varier les points de vue et de combler les vides biographiques, sans scandaliser outre mesure – parmi d’autres, Christian Wasselin le prouve régulièrement [lire nos critiques de Clara, le soleil noir de Robert Schumann et d’Alban Berg, une biographie fantastique].
Ici, entre 1913 et 1960, dans différentes villes du monde (Venise, Ciboure, Saint-Moritz, etc.), plusieurs monologues mettent en lumière des célébrités qui évoquent un peu leurs relations avec Félix García – l’élève de Maestro Molina faisant figure d’étoile filante –, mais surtout avec les Ballets russes. C’est le cas de Ravel et Falla, par exemple. Ailleurs, le monde de la danse répond à des journalistes : Vaslav Nijinski, Enrico Cecchetti et Hilda Munnings, alias Lydia Sokolova. Quant à Diaghilev, qui inspire admiration ou dégoût selon les intervenants, on le croise dialoguant avec Misia Godebska, Turina, Rubinstein, etc.
Paru sous le titre Treinta castañuelas para Londres, ce roman soucieux du détail historique – en particulier, la période d’automutilation d’un Félix souffrant de son internement arbitraire – déçoit par sa traduction fantaisiste. Si les mots « danseur espagnole » et « Balletts russes » peuvent échapper au regard sur la couverture, difficile, ensuite, de ne pas relever des coquilles du même genre, tout au long de l’ouvrage. On passe outre si l’on juge le sujet digne d’intérêt, mais la fluidité de lecture en pâtit.
De son côté, l’autre livre qu’Antonio Hernández Moreno dédie à la mémoire de Félix García fait appel à deux nouvelles traductrices, respectueuses de notre langue. Il s’agit du Tricorne, un conte musical avec CD, à destination du jeune public, dont les sons de piano (Ángel Cámara, José Vicente Riquelme, José Alberto del Cerro, Alejandro Rubio), de castagnettes (Margarita Sánchez) et de battements de mains (Curro Piñana, Juan Francisco Carrillo) furent enregistrés au Conservatoire de Murcia. Cette version pianistique du ballet original se justifie par la volonté d’éveiller le mélomane novice à l’essence d’une œuvre musicale, ce qui n’est jamais superflu.
LB
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